Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt
« Alors que j’étais maigre, long, plat, Shomintsu s’exclamait en passant devant moi :
- Je vois un gros en toi.
Exaspérant ! De face, j’avais l’air d’une peau de hareng séchée sur du bois d’allumette ; de profil… on ne pouvait pas me voir de profil, je n’avais été conçu qu’en deux dimensions, pas en trois ; tel un dessin, je manquais de relief. »
Jun, un adolescent qui vit seul dans Tôkyô, sans maison, sans famille et qui tente de survivre en vendant des objets inutiles, croise un jour Shomintsu, un professeur de sumo. Celui-ci lui assure qu’il « voit le gros en lui », malgré la maigreur du garçon, et souhaite le voir rejoindre l’école qu’il dirige. Mais Jun n’éprouve que du mépris envers les sumotoris parmi lesquels il ne discerne que « des malades, des infirmes en surpoids, des obèses qu’on devait d’urgence interner en clinique » ; malgré cela, et après quelques réticences, il accepte d’assister à un tournoi de sumo, auquel Shomintsu l’a invité. C’est ainsi qu’il se découvre une vocation pour ce sport si particulier et plus compliqué qu’il n’y paraît, puis qu’il intègre l’école de son nouveau professeur.
Mais pour réussir, il se doit de faire énormément d’efforts ; sa volonté étant parfois trop fragile, Shomintsu lui vient en aide et le conseille. Jun commence donc à s’entraîner, et surtout à ingurgiter des quantités astronomiques de nourriture, pour espérer prendre du poids, et ainsi pouvoir participer à de vrais tournois.
Avant d’entamer la lecture de ce livre, je ne connaissais pratiquement rien sur le sumo ; je n’avais d’ailleurs presque jamais regardé de combat. Après avoir terminé, j’en savais bien sûr un peu plus, mais pas énormément. Le thème principal est évidemment le sumo, mais les 102 pages ne laissent que peu de place aux termes techniques et aux explications, et le roman ne se transforme pas en encyclopédie ; je n’attendais justement qu’un abord superficiel du sport en lui-même et de sa pratique, et c’est le cas ici.
L’auteur accorde une grande partie du roman à décrire la psychologie de son personnage principal, qui se cherche et a du mal à s’accepter ; c’est précisément ce qui est intéressant, cet adolescent dégoûté de la vie, qui n’a presque plus rien ni personne à qui se raccrocher. Il n’est pas difficile de le comprendre, et de saisir sa révolte légitime, son esprit rebelle et presque complètement fermé. Il a énormément de mal à s’ouvrir au monde et à aller vers les autres, ce qui peut le rendre antipathique, ou vulnérable, et c’est ce genre de personnage que j’apprécie.
Si le thème ne m’attirait pas particulièrement au départ, au final je me suis laissée prendre par l’histoire de Jun et par cet étrange sport qu’est le sumo, qui recèle bien des difficultés et des surprises.
Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 102 pages, 2009