BD

Lundi 15 juin 2009

C'est une BD que j'ai lu sur les bons conseils d'AneverBeen, qui en a déjà parlé ici. Cet auteur, qui est le scénariste et le dessinateur, on peut dire que je l'aime bien ; je ne connais pas toutes ses oeuvres, mais ce que j'ai lu m'a beaucoup plu à chaque fois, et je me laisse facilement porter par son univers étrange et froid.
Cet ouvrage-là mêle l'historique et la fiction ; l'auteur a fait de longues recherches, a recueilli les témoignages de rescapés des camps, et cette bande-dessinée est le fruit de cinq années de travail.
Mais avant de commenter ce travail, justement, voici un résumé.

L'histoire débute en ex-Yougoslavie, en 1993. Kazik et sa femme Cessia, tous deux emprisonnés dans une caserne du pays, se remémorent les terribles moments qu'ils ont passés dans le camp de concentration d'Auschwitz, en 1944. C'est Kazik qui revient en premier sur son passé ; déporté avec sa femme et sa fille, desquelles il a été séparé, il décide de se porter volontaire pour le Sonderkommando afin de les revoir. Sa tâche consiste à transporter puis brûler les corps de toutes les victimes assassinées chaque jour dans le camp ; c'est ainsi qu'il retrouve sa fille Ann, presque morte après avoir été gazée. Un mois plus tard, il parvient à s'évader du camp, ne sachant ni ce qui était arrivé à sa fille, ni à sa femme.
Celle-ci raconte ensuite sa propre histoire, en commençant par expliquer ce qui était arrivé à Ann après son sauvetage in extremis de la chambre à gaz. Cette dernière, très malade, finit par mourir du typhus deux jours avant la libération du camp. 
Kazik et Cessia se remémorent ces horribles passages de leur vie des dizaines d'années plus tard, alors qu'ils sont de nouveau promis à une mort certaine. 


Cette BD historique, pour laquelle, comme je l'ai expliqué, l'auteur a fait des tas de recherches très poussées, est totalement prenante ; on voit bien qu'il a passé du temps à peaufiner son ouvrage, tant au niveau du scénario que des dessins (il explique tout ça à la fin, dans une interview).
La BD est entièrement dessinée en noir et blanc, ou plutôt en "gris et blanc" ; une certaine froideur propre à cette période ressort de ces graphismes, comme si l'auteur avait voulu figer cette terreur glaciale. Les personnages, aux longs doigts minces, sont finement réalisés, certains ayant un aspect fantômatique et/ou sévère. 

Comme il l'explique lui-même, l'auteur ne cherche pas ici à créer une simple BD historique sur la Shoah ; il souhaite par son oeuvre que jamais l'on oublie toutes ces victimes, du camp d'Auschwitz comme des autres, des nazis.

Une lecture touchante et intéressante ; je n'en attendais pas moins de cet auteur génial.

Merci AneverBeen !

Par tvless
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Jeudi 14 mai 2009

Louisville, été 1951. La petite Cora entre au Waverly Hills Sanatorium, afin d’être soignée de la tuberculose ; c’est dans ce même hôpital que des années plus tôt, sa mère avait été guérie. La maladie de Cora est déjà très avancée ; il faut la soigner rapidement, sans quoi elle mourra à son tour de cette terrible « mort blanche ».

« Imaginez-vous en état de choc. Ne pouvant pas reprendre votre respiration parce que votre gorge est obstruée de l’intérieur par quelque chose d’impalpable, encombrant et resserrant vos tissus comme des mains invisibles… Vous avez le sentiment que votre poitrine va exploser et vos poumons sont en feu. Puis vous toussez fortement, une glaire de sang rouge fluorescent sort de votre bouche, résidu des parois intérieures de vos poumons qui se désagrègent. Vous entendez un ronflement sourd qui résonne dans votre tête, vous sentez une sorte de vertige causé par une forte fièvre qui ne cesse d’empirer à cause du manque d’oxygène qui est censé irriguer votre cerveau… Votre toux devient de plus en plus violente et fait éclater les vaisseaux de vos yeux qui deviennent instantanément rouges, un rouge violent et cramoisi… Maintenant votre peau vire d’une couleur horrible, blanche et laiteuse, car votre corps ne produit plus assez de globules rouges pour maintenir sa pigmentation. Voici celle que l’on appelle la mort blanche, cette maladie tant redoutée, la tuberculose ».


Mais Cora et sa mère gardent espoir, malgré l’état de plus en plus affolant de la petite fille ; en effet, elle assure qu’elle peut parler avec d’anciens malades, morts depuis longtemps dans l’hôpital. Et surtout, surtout, à la fenêtre de la chambre 502, elle peut voir cette femme ; cette infirmière, retrouvée pendue en 1928. Pourquoi ? Quelles terribles choses, quelles horribles expériences ont été pratiquées ici, et continuent de l’être ? Pourquoi tous ces morts refont-ils soudain surface, et que cherchent-ils à expliquer ?                Petit à petit, Cora, puis sa mère, commencent à sombrer dans la folie, comprenant et acceptant les affreuses vérités.

 

C’est le genre de BD à vous rendre parano ; après lecture, j’ai épluché des tas d’articles sur cette maladie. Peut-on encore l’attraper ? Est-elle bien soignée maintenant ? La réponse est oui pour les deux questions, mais malgré tout, ça fait peur. Des tas de personnes sont mortes de la tuberculose, à l’époque où il y avait peu de chances d’y survivre. L’histoire est donc prenante, en plus d’être absolument atroce ; ce sanatorium renferme des tas de secrets, et, bien qu’aujourd’hui à l’abandon (la BD commence avec une séquence se déroulant de nos jours, avant de voyager dans le passé), il dégage toujours une atmosphère aussi effrayante. D’autre part, les dessins sont très travaillés et renforcent cette sensation dérangeante, de folie et de mystère.


Le tome 2 nous en apprend plus encore sur les horribles activités ayant eu lieu au Waverly Hills Sanatorium, dans une veine encore plus horrible, et avec des images plus dures et crues.

Une réussite, assurément, que je ne conseille cependant pas à un public trop jeune.

 

Pandémonium – 1 de Christophe Bec & Stefano Raffaele, Soleil, 56 pages, septembre 2008, 12, 90 €

Par tvless
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